Dans l'excellente émission d'Isabelle Giordano "Service public" qui a lieu du lundi au vendredi de 10h à 11h sur France Inter, j'ai entendu dans l'émission d'hier lundi 24 novembre, des propos qui valaient leur pesant d'or de manipulation.
L'émission s'intitulait : "Pollution, pesticides, notre alimentation est-elle menacée ? Faut-il avoir peur de ce nous mangeons ?" et traitait (si l'on peut dire) de la toxicité des pesticides et autres produits utilisés dans l'agriculture.
Il y avait trois invités dont Jean-Charles Bocquet, directeur de l'IUPP. Après un couplet pour la défense du maïs Monsanto 810 et l'intervention virulente d'une auditrice, qui est agricultrice, sur la toxicité des traitements et pour la défense du bio, Jean-Charles Bocquet a déclaré :
"Dans les 75 milles tonnes de produits qui font que la France est un des gros utilisateurs de produit, il faut savoir qu'il y a 25 milles tonnes de cuivre et de soufre utilisés dans l'agriculture bio donc tout est relatif, et les quantités de produits utilisés ont baissé de 40%. Nous n'avons pas attendu le Président de la République ou le Grenelle de l'environnement pour mettre en place collectivement avec les agriculteurs et les industriels et les distributeurs des démarches de progrès qui font que nous utilisons les produits nécessaires au bon moment et à la bonne dose."
Il a été dit plus tôt que l'agriculture bio ne représentait que 2% des surfaces cultivées en France.
Regardons la phrase que j'ai soulignée : première chose le cuivre et le soufre représentent 33% des produits utilisés dans les traitements.
Il y a 25 milles tonnes de cuivre et de soufre utilisés dans l'agriculture bio. C'est bien ce qui est dit : dans d'autres termes, 2% des surfaces cultivées (l'agriculture bio) consomme 33% des traitements. Et cette idée est renforcée par le "donc tout est relatif".
On dira que ce n'est pas ce que J-C Bocquet voulait dire, que s'il est vrai qu'on utilise en agriculture bio du cuivre et du soufre, cette proportion n'est pas possible. Que je pinaille ou que je fais un procès d'intention.
Et pourtant... on a bien à faire à un professionnel de la communication, qui sait très bien ce qu'il dit.
Cette phrase permet, l'air de rien, d'opérer un amalgame. D'autant plus qu'il était très simple d'éviter cet amalgame en disant : il y a 25 milles tonnes de cuivre et de soufre qu'on utilise aussi (également, entre autre) dans l'agriculture bio.
Cette phrase n'est donc pas innocente, elle permet de semer le doute, de relativiser, de donner un faux argument à ceux qui défendent Monsanto.
